L’isolement social et affectif des seniors LGBT+1

Selon le scénario central des projections de la population française sur la période 2007-2060 de l’INSEE2, les personnes âgées de 60 ans et plus représenteront en 2035 31% de la population (contre 24% actuellement), soit 21 millions de personnes.

Un problème qui traverse les décennies

Depuis les années 50, selon les enquêtes menées par Alfred Kinsey, il est commun d’admettre qu’environ 10% de la population soit LGBT. La population des seniors LGBT+ (de plus de 60 ans), représente aujourd’hui environ entre 1,1 et 1,3M (sur une base plus conservatrice de 6% à 7%).

Vieillir n’est pas un problème d’orientation sexuelle. Si le vieillissement chez les personnes LGBT n’a rien d’atypique, ce public se trouve confronté à plusieurs problématiques simultanées : âgisme3, isolement social mais également homophobie4, peur du rejet de son identité, de son histoire et de la stigmatisation de part son orientation sexuelle et/ou son identité de genre et sérophobie5, pour les concernés.

En dépit de l’évolution significative de la législation et des droits des personnes LGBT, le débat sur le mariage pour tous et l’adoption homoparentale a été en 2013 un catalyseur de l’expression forte de l’homophobie d’une certaine partie de la population. Selon l’association SOS Homophobie, une personne LGBT est agressée tous les 3 jours, en hausse de 23% en 2016. SOS Homophobie met en exergue les conséquences de cette homophobie d’un point de vue psychologique : de la tristesse et du repli sur soi à l’inquiétude, l’angoisse, la dépression voire la tentative de suicide. Les seniors LGBT y sont encore plus exposés de part leur âge.

Une situation qui a peu évolué

A ce jour, en France, cette population n’a malheureusement pas fait l’objet d’études particulières, hormis le « Rapport sur le vieillissement des personnes LGBT et des PVVIH6 », rédigé en novembre 2013 par le groupe SOS, SOS Homophobie et Aides à la demande de Michèle DELAUNAY, Ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie, dont voici quelques éléments majeurs :

  • Les personnes LGBT vieillissantes font face à une diminution graduelle de leurs tissus relationnels plus importante que celle vécue par les hétérosexuels. La rupture des liens familiaux, le rejet de l’identité de genre et/ou de l’orientation sexuelle sont autant de causes d’isolement social ;
  • Environ 65% des seniors LGBT vivent seuls (versus 15% pour les hétéros < 70 ans et 55% pour > 80 ans selon l’INSEE), 10% ont des enfants (80% des seniors ont selon l’INSEE des enfants et 5 petits enfants en moyenne) ;
  • Les personnes LGBT demeurent encore aujourd’hui trop éloignées des structures de soin du fait d’un rapport parfois complexe au milieu médical. 50% des personnes âgées LGBT affirment ne pas avoir déclaré leur orientation sexuelle aux professionnels de santé auxquels ils s’adressent ;
  • L’espérance de vie des PVVIH s’est améliorée grâce aux trithérapies. Mais vieillir avec le VIH demeure toutefois une réalité difficile. Le VIH et certains antirétroviraux produisent encore quelques effets secondaires persistants sur le fonctionnement du corps et sur l’apparence physique pouvant compromettre l’estime de soi et provoqué un retrait dans la société ;
  • Les personnes âgées LGBT sont aussi parfois confrontées à des difficultés d’ordre économique. En effet, le rejet de leur identité de genre et/ou de leur orientation sexuelle a pu induire des interruptions au cours de leur formation, des parcours professionnels morcelés. Certains ont pu rencontrer des difficultés majeures lors de la recherche d’un emploi ou pour se maintenir en emploi. Certains ont cessé de travailler, ont peu cotisé aux régimes de retraite et vivent grâce au faible soutien des prestations sociales ;
  • En établissement ou à domicile, il peut être tentant de cacher son « stigmate », en l’occurrence de taire son homosexualité, quand on craint d’être exposé à une forme de discrimination envers les professionnels mais également entre personnes âgées ;
  • En matière de vieillissement, la sexualité demeure, de manière générale, un tabou. Puisqu’elle ne saurait être envisagée par les institutions, les spécificités des orientations sexuelles et identités de genre ne sont absolument pas reconnues. Pourtant, la sexualité ne disparaît pas avec l’âge…

Suite au départ à la retraite, la vie sociale a souvent tendance à se restreindre. Les seniors s’investissent souvent, en dehors de leurs rôles de grands-parents, dans des réseaux associatifs, qu’ils soient de loisirs, culturels ou à portée sociale. Pour les seniors LGBT, cela peut signifier un « retour au placard » pour ne pas avoir à ajouter de difficulté supplémentaire à la sociabilisation.

À propos de l’auteur, Stéphane SAUVÉ, Fondateur de Rainbold Society

Toutes ces raisons ont poussé Stéphane Sauvé (46 ans, Paris) à fonder Rainbold Society, start-up apolitique de l’économie sociale et solidaire. Avec ses associés, ils envisagent de répondre à l’isolement social et affectif de ce public principalement de deux façons : la première est une réponse plus « ponctuelle » dans le lien social recherché et la seconde plus « permanente ».

  • 1. Un bouquet de services et d’activités affinitaires via une plateforme internet favorisant la rencontre, la discussion, la transmission de savoir et la valorisation des talents propres à chaque individu ;
  • 2. Un habitat alternatif participatif et solidaire « hétéro-friendly », ouvert sur le quartier, avec un projet social d’inclusion et de mixité sociale, des services d’aide à la personne et des services de soins ou autres. Habitat HQE et « connecté ».

Leur objectif est d’améliorer la qualité de vie des seniors LGBT, de favoriser l’inclusion sociale et de promouvoir une image positive du vieillissement, quel que soit le genre et/ou l’orientation sexuelle. N’hésitez pas à contacter l’équipe à l’adresse : contact@rainbold.fr


Notes

  1. LGBT+ = Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres, le + inclut de nouvelles identités (Intersexe, Queer, Asexuel, Pansexuel, …)
  2. lNSEE = Institut National de la Statistique et des Études Économiques
  3. Le concept d’âgisme se définit comme une discrimination qui, en établissant un lien entre vieillissement et déclin, attribue une valeur sociale faible aux individus en fonction de leur âge. Ainsi, le mépris et le rejet du vieillissement se manifestent par des stéréotypes, une faible considération et par de la discrimination à l’égard des personnes âgées. Celles-ci sont alors perçues  dans une position sociale inférieure et dévalorisée.
  4. L’homophobie désigne les manifestations de mépris, rejet, et haine envers des personnes, des pratiques ou des représentations homosexuelles ou supposées l’être. L’homophobie englobe les préjugés et les discriminations (emploi, logement, services), elle se manifeste par de la peur, de la haine, de l’aversion, du harcèlement, de la violence ou encore de la désapprobation intellectuelle intolérante envers l’ensemble de la communauté LGBT.
  5. Le terme de sérophobie est employé pour évoquer toute discrimination spécifique au VIH et au Sida. Elle signifie la peur, le rejet des personnes vivant avec le VIH.
  6. PVVIH = Personne Vivant avec le VIH