Photo d un Homme âgé assis sur un banc

La démarche « humanitude » en EHPAD

Le terme humanitude est utilisé pour la première fois par l’écrivain Suisse Klopfenstein, puis repris par la généticien Albert Jacquard. Celui-ci est convaincu qu’il faut utiliser l’éducation pour changer les dispositions des hommes, et améliorer la qualité et l’efficacité de la rencontre avec l’autre. Il définit alors l’humanitude comme étant “les cadeaux que les hommes se sont faits les uns aux autres depuis qu’ils ont conscience d’être, et qu’ils peuvent se faire encore en un enrichissement sans limites”.

En 1983 deux psycho-gériatres français, Gineste et Marescotti, déposent la marque Philosophie de soin de l’Humanitude. Un des concepts forts alors avancé par cette philosophie est le “vivre et mourir debout”. La démarche se fonde sur le maintien et le développement de l’autonomie de la personne âgée dépendante. Aujourd’hui, la démarche humanitude fait l’objet de formations régulières dans les EHPADs, dans une démarche de bientraitance. Dans certains EHPADs, la philosophie humanitude est présente à tous les niveaux, de l’organisation de la vie en communauté aux projets individualisés de soins.

Aujourd’hui, Humanitude est un “label” accordé à certains EHPADs. Toutefois, il ne faut pas en rester au label comme gage de bientraitance (les organismes de formations humanitude justifient souvent leur tarif par l’obtention quasi-systématique du label). Connaître les piliers de la philosophie de soins est donc important pour se faire une idée de l’alignement des équipes avec la démarche. D’ailleurs, si vous visitez un établissement, labellisé ou non, n’hésitez pas à interroger le ou les soignants en pause cigarette à votre arrivée, leurs réponses vous donneront souvent une bien meilleure indication de l’importance donnée au sujet dans l’établissement.

Les principes fondateurs de la philosophie Humanitude

La démarche est fondée sur l’idée que c’est le soignant qui doit s’adapter au patient, qui doit toujours être considéré comme une personne, c’est à dire en respectant et développant les spécificités liés à sa nature humaine. Cela passe essentiellement par deux vecteurs : la communication et la verticalité.

La communication dans la démarche humanitude

D’après Rosette Marescotti et Yves Gineste, la communication humaine est fondée sur trois vecteurs :

  • Le regard
  • La parole
  • Le toucher

Photo d une femme qui passe sa main dans un champ de blé

L’idée de la démarche humanitude est de favoriser le lien social de la personne en perte d’autonomie, et en particulier avec son soignant par ces trois vecteurs. Dans la démarche humanitude, il est fondamental que le lien social soit au coeur de tous les gestes “techniques” de soins ou autres (rappelons que les deux psycho-gériatres à l’origine du concept ont commencé par proposer des formations pour une meilleure “manutention” des patients).

Pour cela, la philosophie humanitude propose de s’appuyer sur les trois pilliers de la communication. Il faut donc toujours maintenir un regard “humain” avec le patient, discuter, même si celui-ci ne peut pas répondre, et le toucher doit être rassurant. En effet, le sens du toucher est considéré dans la démarche comme une confirmation de son existence au monde, essentiel lorsque l’échange verbal est réduit.

Le vivre et mourir debout au coeur de la démarche humanitude

La posture debout est une des spécificités de l’espèce humaine, et elle est au coeur de la démarche, qui valorise les aspects uniques de l’humain. La station debout présente de nombreux avantages physiques. Elle permet en effet de stimuler les capacités motrices des patients, de maintenir la masse musculaire, et favorise une meilleure circulation sanguine.
Photo dun homme debout devant le vide

Psychologiquement surtout, la station debout remet la dignité humaine au coeur du parcours de soins pour les patients en perte d’autonomie. Elle est essentielle dans une démarche qui vise le maintien et le développement de l’autonomie. Concrètement, pour favoriser le vivre debout, la démarche humanitude propose de faire la toilette debout dès que c’est possible, en respectant la pudeur du patient.

L’autre aspect essentiel de cette démarche du vivre-debout est la marche. Yves Gineste et Rosette Marescotti proposent d’accompagner les patients au moins 20 minutes par jour pour marcher et maintenir la masse musculaire. En EHPAD, cela peut passer par des séances de kinésithérapie spécialisée, par l’assistance d’un ergothérapeute présent dans l’EHPAD, et par l’accompagnement des résidents par les soignants, dans le jardin lorsqu’il y en a un, ou au moins pour descendre déjeuner par exemple. Malheureusement peu mis en place de façon systématique pour des raisons de coûts, de dernier aspect permet de développer l’autonomie des résidents, et donc des conditions de travail beaucoup plus saines et dignes pour les résidents, mais aussi pour les soignants.

La démarche humanitude dans l’organisation de la vie communautaire en EHPAD.

La démarche humanitude se fonde sur la conviction que la particularité humaine doit être valorisée jusqu’au bout, y compris pour des patients lourdement dépendants. Naturellement, cela entre parfois en tension avec la responsabilité de sécurisation des résidents. La gestion du risque dans un EHPAD, lieu de vie communautaire et sécurisant, se fait souvent au détriment des libertés individuelles.

Derrière la démarche humanitude, il y a une volonté de valoriser et respecter autant que possible les désirs particuliers et individuels de chacun des résidents. Pierre Elie-Delannoy, dans son excellent guide pour visiter un EHPAD, encourage le lecteur à être particulièrement attentif au respect des désirs individuels lors de la visite d’un établissement.

Mais l’environnement, et et son adaptation aux résidents sont également essentiels pour favoriser l’autonomie. La signalétique par exemple, les tableaux d’affichage sont-ils trop hauts pour la majorité des résidents ? Le bureau de l’accueil est-il trop haut pour la plupart des résidents ? Les escaliers sont-ils impraticables ? Autant d’éléments auxquels on ne prête pas nécessairement attention de façon naturelle, mais qui sont indispensables au bien-être psychologique des résidents. La présence d’un ergothérapeute dans l’EHPAD ne saurait être gage d’une bonne signalétique, mais elle témoigne de l’importance accordée à l’adaptation de l’environnement aux résidents.

La démarche humanitude dans les soins en EHPAD

La philosophie humanitude est avant tout une philosophie de soins, et s’adresse en priorité aux soignants dans l’EHPAD. La bienveillance et le respect des individualités sont au coeur de la démarche. Il est donc essentiel pour offrir des soins de qualité, prodigués dans le respect et la dignité, de travailler la relation soignant – patient. Cela passe, on l’a dit, par les vecteurs de communication principaux (le regard, la parole, et le toucher), mais également par la création d’un lien entre un patient et son soignant.

Il est donc essentiel que les soignants apprennent à connaître les résidents. C’est pour cette raison que les établissements de plus de 100 lits sont souvent décriés. En réalité, il s’agit essentiellement d’un sujet d’organisation et de gestion des soins. Les soignants changent-ils de patients régulièrement, ou ont-ils le temps d’apprendre à connaître leurs patients et de créer un lien unique avec chacun d’eux ? La “Taylorisation” (division des tâches pour gagner en efficience) des soins dans les EHPADs est très souvent associée d’une façon ou d’une autre à des sujets de maltraitance.

Personne âgée qui marche avec un déambulateur

Enfin, les soins passent aussi par la gestion du risque (de chute, d’accident, de fugue). Celle-ci ne doit jamais se faire au détriment de libertés individuelles évidentes. On pense notamment au sujet particulièrement controversé de la sur-médication, souvent pratiquée par manque de temps ou de compétences des équipes soignantes qui ne peuvent ou ne souhaitent pas prendre le risque d’un accident. Elle est, naturellement, à proscrire dans la philosophie humanitude.

La philosophie humanitude est un ensemble de meilleures pratiques qui sont mises en oeuvre de façon plus ou moins systématique dans les EHPADs pour assurer un traitement bienveillant et humain des résidents parfois très dépendants. Les événements du début d’année 2018 ont trop mis l’accent sur le sujet économique dans la gestion des établissements médico-sociaux, et pas assez sur le sujet de compétence dans cette gestion. En effet, ces meilleures pratiques sont souvent un moyen de (r)établir un environnement de travail sain et gratifiant, en remettant l’humain au coeur du projet de soins. Au delà de la responsabilité évidente de ces établissements, cette démarche est peut-être une solution à une gestion trop rationalisée, et très peu efficace d’un point de vue purement économique.

À propos de l’auteur

Axel Lavergne est le directeur général d’Heureux en Retraite. Devant le fonctionnement extrêmement injuste et inefficace pour les familles qui cherchent un EHPAD, Heureux en Retraite apporte des renseignements clairs et vérifiés sur les maisons de retraite, et facilite la communication avec les établissements. Chaque résident est unique, et chaque maison l’est aussi. Heureux en Retraite est une ressource intelligente qui permet aux familles de trouver un établissement adapté.